Valeur du travail

Valoriser le travail sociétal

Et contribuer à la performance durable des organisations

Le facteur travail s’est édulcoré pour n’être plus qu’une charge d’exploitation. Sa contribution à la société a été réduite à celle de la chaîne de valeur économique de l’organisation. En pleine Cop 26, comment relier le social, l'économique et l’environnement et apporter des solutions aux problématiques actuelles, sans prendre en compte toute la complexité d’un investissement travail qui n’a plus son mot à dire dans l'économie globale ?

Le travail est déjà valorisé par sa contribution à la chaîne de valeur économique

L’apport économique du travail à la chaîne de valeur a pour socle la qualification professionnelle, capacité d'une personne à exercer un métier ou un poste déterminé. Elle est censée dépendre de la formation et des diplômes, de l'expérience ainsi que des qualités personnelles et morales. La classification professionnelle qui en découle est composée de la qualification de l'emploi (exemple : ouvrier, employé, agent de maîtrise, cadre), d'un niveau et/ou d'un coefficient selon la convention collective.

La performance économique a toujours eu pour objectif un résultat net distribué contractuellement aux actionnaires. Il servira aussi à reconstituer les réserves financières de l’entreprise, à son innovation et à ses investissements. Il ajustera également les budgets prévisionnels entre les dépenses prévues et celles effectivement réalisées. La participation, mécanisme de redistribution des bénéfices de l'entreprise aux salariés, est obligatoire dans les structures dont l'effectif est de 50 salariés ou plus. Elle est fixée par les textes légaux et le montant de la prime versée, par l'accord de participation. Quant à l’intéressement, de nature contractuelle et/ou conventionnel, il voit son mode de calcul basé sur la catégorisation des salariés en fonction de la nature de leur classification professionnelle.

Le salaire ne fait pas partie de la répartition contractuelle du bénéfice (hormis les stock-options allouées par les actionnaires aux dirigeants et aux salariés souvent cadres supérieurs). Son montant dépend à la fois de la personne (expérience et diplômes) et du secteur professionnel plus ou moins bien rémunéré suivant les conventions collectives.

Valoriser le travail comme facteur de production grâce à sa capacité « néguentropique » à réutiliser l’énergie consommée

Les facteurs de production regroupent les moyens de production durables qui contribuent à la production : le travail, le capital et parfois, la terre. Le capital et la terre génèrent des revenus et/ou des rentes ainsi que des plus ou moins-values par le simple fait de leur possession. Pas le travail qui correspond toujours à l'ensemble des heures de travail effectuées par les travailleurs.

Par ailleurs, la notion de capital humain est apparue dans le « goodwill » bilan qui réévalue des actifs matériels de l’entreprise à leur valeur marchande et mesure ses actifs immatériels dont le capital humain. Mais rien n’y est précisé sur l’effet levier du travail comme facteur de production dans le service rendu aux autres, clients ou usagers, bénéficiaires de la tâche élémentaire ; ou sur la contribution des emplois à la société, mesurée économiquement à éviter les pertes, les déchets ou à récupérer et réutiliser les énergies consommées pour les transformer : la capacité « néguentropique » du travail.

Tout cet apport fait encore partie implicitement du profil de poste évalué sur le plan de son tribut à la chaîne de valeur économique ; sans que la contribution environnementale et sociale du salarié auprès de la société soit valorisée en ce qu’elle lui apporte, ainsi qu’à l’entreprise.

La nature du salaire reste celle d’une charge d’exploitation qui obère le résultat économique alors qu’il y contribue C’est tout son paradoxe. Sans doute aura-t-on oublié sa nature en tant que facteur de production qui, tels les acquis monétaires, justifierait une rétribution en vertu de sa prestation aux bénéficiaires finaux des produits ou des services ; soit à l’économie globale tout entière.

« L’apport covid » à la Responsabilité Sociétale des Entreprises et des Organisations

Il peut sembler paradoxal de parler de cette pandémie comme d’un apport en termes positifs. Et pourtant… Le premier confinement a révélé l’utilité du service rendu aux autres par ceux qui exerçaient des emplois mal payés, mal considérés qu’étaient les éboueurs, les caissières, les aides à domicile ou les coursiers. L’utilité de ces emplois dits subalternes maintenait le lien social entre l’entreprise, la collectivité territoriale et les bénéficiaires des services rendus, clients et usagers. Une vraie utilité « sociétale » ! Vite oubliée quand la reprise économique est revenue ! Aurait-on perdu le souvenir de ce que le terme sociétal signifie ?

La norme ISO 26 000 de 2010 donne la ligne de conduite à suivre pour évaluer l’engagement des organisations en faveur du développement durable ainsi que leur performance globale. Génitrice de la RSE et de la RSO, elle a mis en avant un terme « révolutionnaire », le mot sociétal : il ne faut pas hésiter à l’écrire !

La contribution de la norme a été de relier le local au global, l’interne à l’externe, l’entreprise à tous ses interlocuteurs extérieurs peu ou prou éloignés. Et ce, dans toutes les dimensions sociales, économiques et environnementales par ce seul mot : sociétal. À ce jour, le constat est que toutes les déclinaisons qui auraient pu en être réalisées, n’ont pas encore pénétré la chaîne de valeur économique, ni les rémunérations en lien notamment avec l’environnement.

Suite à la norme, les entités les plus importantes ont été conduites à présenter un bilan environnemental de leur action sans que celui-ci ait été chiffré comme le bilan comptable peut l’être. Cependant et sans aucune arrière-pensée, on serait en mesure d’affirmer que pour une partie d’entre elles, ce fut l’occasion ne mettre en avant les actions favorables à l’environnement (aliments Bio, déchets évités ou mode de fabrication moins polluant) sans pour cela les comparer avec le reste de la production non « sociétale », et d’un volume nettement plus important ! Ce comportement porte un nom, le « greenwashing » !

D’autres entités ont affiché des parcours plus vertueux, parfois essentiellement contenus dans la promesse d’une activité en devenir plus conforme au côté sociétal de leur exercice. Mais quelles sont celles qui ont intégré dans le calcul de la rémunération de leurs salariés la valeur sociétale de leurs emplois ?

Le contrat de travail, obstacle à l’intégration de la valeur sociétale des emplois

Ainsi, la nature du contrat de travail est régie par la sanction et la récompense. Pas par sa quote-part à la société. Et sa désignation comme charge d’exploitation l’emporte sur celle de facteur de production. Auto centré sur des données individuelles, telles la classification et la qualification qui le caractérisent, le salaire est calculé en ce qu’il apporte économiquement au résultat final sans que la personne ait pu préserver la conscience de ce à quoi sert son travail. La logique compétence a instrumentalisé l’ouvrage en processus de tâches élémentaires à accomplir en oubliant que leur destination finale, donne à elle seule le sens du travail. Comment dans ces conditions, l’individu pourrait-il rentrer en conscience de ce qu’apporte son travail sur un plan sociétal ?

Aujourd’hui, ces tâches sont évaluées par rapport à leur capacité de résistance à être supplantées par la machine numérique, dont la fonction est de remplacer la personne dans les actions élémentaires insuffisamment productives de revenu économique. Ce qui signifierait simplement, que le rapport humain des aides à domicile avec les personnes aidées ne vaudrait pas ; que les interrelations avec les usagers n’ont pas d’importance ; et que toutes ces actions sont sans répercussion sur leur performance sociétale. Aurait-on oublié que l’investissement au travail ne dépend pas seulement de l’amélioration de ses conditions matérielles ?

Au moment où se déroule la COP 26, ces liens « sociétaux humains » (reliant l’économique, le social et l’environnemental) ne compteraient donc pas plus pour ceux qui détiennent le pouvoir, que la vie des espèces animales et végétales, pillées et dévastées sans aucun scrupule sincère ?

Les collectifs à naître contre les corporations instituées, une autre bataille sociétale !

La norme ISO a pourtant bien démontré, explicité, qu’il suffisait d'ouvrir une porte dérobée pour provoquer un effet sur le tout, un « effet papillon », symptôme systémique s’il en est ! Si aujourd’hui le terme système est devenu tendance, sait-on au juste ce que ce concept recouvre ? En serait-il du terme système comme du terme sociétal ?

Un système a fondamentalement trois composantes :

  • Une volonté d’alliance entre ses parties prenantes (c’est-à-dire influentes sur l’organisation),
  • Un but en commun entre elles (et non des objectifs, tout un chacun connaît la différence entre les deux termes) ;
  • Et des paramètres, telles la temporalité et la distance qui l’organisent et peuvent par leur changement bousculer des pans entiers de l’économie des nations.

Ainsi, une entreprise, une collectivité ou une famille ne « fait pas » forcément système si ses protagonistes ne « tirent » pas dans le même sens. Une organisation structurée et hiérarchisée n’est pas suffisante pour impulser la cohésion entre ses acteurs s’ils ne collaborent pas ensemble. Quand un collectif par nature, présente toutes les qualités du système : alliance, but et organisation partagés .

Durant la crise sanitaire du covid, le travail à distance fut un révélateur. Il a créé une faille dans le contrat de travail. Des salariés excentrés, dans un espace-temps remodelé à leur main, loin du lieu des sanctions et des récompenses de leurs entités, ont redécouvert faute de moyens suffisants mis à leur disposition, une autonomie oubliée, celle de pouvoir penser leur action. Pendant ce laps de temps et dans cette distance de l’entreprise, ils ont (re)gravi les premières marches de leur liberté d’Être en situation de travail ; cet état incontournable pour être créatif et inventer de nouvelles solutions dont les structures ont tant besoin. Ils se sont positionnés telles des parties prenantes ; c’est-à-dire des individus en capacité d’influencer leur entité, dans cette situation à risques qu’était le travail à distance. En fait, rien qui n’aille avec la nature de sanction récompense du contrat de travail ! Pour un grand nombre d’organisations, il était temps que les salariés reviennent au bercail !

Alors il resterait à s’interroger sur la congruence entre le contrat de travail et une « économie sociétale » qui aurait pour socle des individus dont la nature de la prestation aurait évolué grâce à la prise en compte de leur impact positif sur leur environnement. Cet état de fait ne serait pas sans questionner la place consacrée aux corporations syndicales et patronales face à des collectifs d’intervenants devenus immaîtrisables par les entités en situation. Et ça, ni l’entreprise ni l’État n’aiment ça !

Entre maintien du pouvoir ancré et des contributions individuelles et collectives parties prenantes aux organisations et à l’État, sans doute faudra-t-il choisir pour qu’en finalité, le terme sociétal relie réellement le social à l’économique et à l’environnement.

Peut-être serait-ce là, une des conditions incontournables pour résoudre des problématiques qui menacent de durer si elles ne sont pas considérées dans toute leur complexité !

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