Processus RH

« Ubérisation » des processus RH ? Certainement pas après 2020 !

26/01/2021

Ce titre est évidemment provocateur. Mais combien d’Experts, avant cette année 2020 déconcertante, proclamaient la fin de la fonction RH intégrée à l’entreprise, au profit de plateformes de services externes, assurant directement l’administration des processus RH des entreprises, sans plus de lien à la gestion stratégique d’un capital humain dont les DRH – parait-il… – n’auraient jamais su se saisir ?

Fonction RH : le sens en interne ! 

Pour mémoire, rappelons-nous l'ouvrage coécrit en 2017 par le professeur d'économie Gilbert Cette, et l'avocat Jacques Barthélémy, "Travailler au XXIème siècle-L'ubérisation de l'économie ?", qui analysait l’impact de l’évolution numérique sur le droit du travail et, plus largement, sur notre société. Leur conclusion était éloquente : « La pire position, pour un DRH, serait de se contenter de gérer administrativement les contraintes juridiques, légales et conventionnelles, sans créer de valeur ajoutée », car alors la digitalisation, le big data et les avancées exponentielles des technologies auraient tôt fait de le rendre… inutile. Et on sait à quel point le mirage du DRH stratégique a alimenté – sans forcément les traductions concrètes attendues – la littérature RH depuis le livre de Charles-Henri Besseyre des Horts, “Vers une gestion stratégique des Ressources Humaines”, paru en… 1990 ! Il y a 30 ans !

Rappelons en effet que l’ubérisation « désigne un modèle de commerce par lequel les professionnels et la clientèle sont mis en contact directement, voire instantanément par l’usage de la technologie. Ce modèle a pour intérêt d’être beaucoup moins cher pour le client par rapport au modèle classique » (définition de l’internaute). Appliquée aux RH, elle réduit ces dernières à la seule administration extrinsèque des processus conventionnels, juridiques et légaux. Même l’externalisation complète ne fait pas cela, le prestataire s’impliquant en effet dans ce cas comme partenaire interne à l’entreprise pour coopérer à l’administration de tâches définies et délimitées par le sens même de la fonction RH : la gestion stratégique du Capital Humain.

L’externalisation garde le sens interne à l’entreprise, ne faisant que la décharger de tâches administratives, et accompagnant ainsi le recentrage sur les activités stratégiques, qu’elle facilite. L’ubérisation est totalement externe à l’entreprise, totalement externe au sens même des activités et des processus fondamentaux unissant un employeur à ses salariés. La différence est fondamentale. Elle est à la fois structurelle et organisationnelle. Elle illustre la différence entre un partenaire impliqué en interne et un pur prestataire externe de circonstance.

2020 : le retour à l'essentiel

Si 2020 a montré quelque chose en la matière, c’est que la considération des femmes et des hommes de l’entreprise redevenait première sur l’économie et sur les logiques de pure réduction de coûts, même s’il importe toujours d’optimiser cette dimension de façon intelligente, en exploitant notamment les gisements de productivité restés inapparents sous les coûts cachés de la fonction RH. Patrick Bouvard évoquait à ce propos, dans un récent article sur le dernier Benchmark livré par ADP sur le « TCO » : Total Coast of Ownership. Il écrivait : « Le confinement de plus des deux tiers de la planète a changé la donne ; les tendances de fond sont semblables, (…) mais les questions de santé et de sécurité, de télétravail, de gestion financière et économique, de maintien des compétences, de gestion des temps, de continuité de service, de conformité aux évolutions réglementaires ont pris un relief particulier, pour ne pas dire primordial. »

L’ubérisation un temps envisagée des RH ne représente donc plus une alternative facile et crédible pour la gestion des RH. Il importe plus que jamais de redonner du sens aux diverses activités complémentaires, administratives et stratégiques, qui composent une telle “gestion”. 2020 a imposé aux entreprises de devoir faire face à des sortes de “montagnes russes” administratives et humaines, dans un contexte économique pour le moins incertain, une importance accrue de l’expérience collaborateur dans un vécu du télétravail très variable, quoique globalement positif et prometteur en temps partagé.

La fonction RH semble donc désormais à l’abris de toute forme d’ubérisation, révélant au cœur des entreprises des responsabilités et des actions essentielles dépassant très largement la pure gestion de contraintes administratives auxquelles il était question de la cantonner.

Longue vie aux RH !

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