Comportement

Le réflexe correcteur

13/08/2021

Ce tueur de relation...

NDLR : Pendant le mois d'août, nous republions quelques-uns des articles les plus lus de l'année
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Vous entrez dans une pièce. Il y a un tableau au mur, un peu penché. Tendez-vous la main pour le remettre droit ?

Oui ? Alors vous avez le réflexe correcteur.

Tous, quand nous voyons quelque chose de tordu, mal fichu, mal pensé, mal conçu, mal parti ... nous voulons instinctivement le redresser, le rattraper, le réparer.

Et quand il s'agit des problèmes des autres, de leur vie, « ce qu'il faudrait faire » nous parait tellement évident !  Là aussi, nous voulons remettre les choses sur de bons rails. Et bien souvent, nous avons très très envie … de le dire. Ou plutôt : de l'affirmer avec force !

L'enfer est pavé de bonnes intentions

« Tu ne devrais pas faire ça ». Ou bien  «Pourquoi ne fais-tu pas ….? », "A ta place, ce que je ferais, c'est...», ou  "Tu as bien tort de ne pas essayer de ..."

C'est le petit conseil non-sollicité, la solution servie sur un plateau, la remarque sans penser à mal, ou le jugement entre bonnes copines … Toutes ces petites phrases lâchées quand nous voyons ce qui ne va pas, et que nous aportons notre solution pour mettre « sur la bonne voie ».

Et nous n'avons pas forcément tort d'ailleurs ! Car n'étant pas impliqué, nous avons parfois une meilleure analyse des situations, et une bonne vision de ce qui pourrait être tenté pour aller vers un mieux. Nous sommes (un peu) moins victimes des biais cognitifs. Mais dans les relations, ce n'est pas une question d'avoir raison ou d'avoir tort. C'est une question d'être respectueux. Et ceci est valable quel que soit le lien qui nous rapproche, y compris le lien hiérarchique.

Redresser ce qui va mal : un instinct naturel.

Ne vous blâmez pas ! C'est tout simplement humain ! Nous sommes de merveilleuses machines à résoudre les problèmes. Et comme, de plus, nous sommes des êtres sociaux … nous nous portons instinctivement à la rescousse de nos proches. Cela comble en nous plusieurs de nos besoins psychologiques :

  • Se relier aux autres,
  • Se sentir compétent,
  • Agir selon nos valeurs.

Mais en comblant nos besoins de cette manière, nous heurtons les besoins de la personne en face de nous. Elle aussi voudrait se sentir au top ! Or nos remarques lui donnent au contraire le sentiment d'être incompétente, inférieure, inadéquate, incomprise, rejetée dans son être, impuissante, isolée, peu reconnue, peu valorisée ...

En conséquence de nos remarques, nous obtenons des résultats différents selon la personne à qui nous parlons. Si, dans l'instant, elle se sent un peu inhibée, incertaine de sa personnalité et de sa compétence, ou désireuse de plaire ... elle peut suivre le mouvement, et adopter un comportement qui, au pire, ne fait pas sens pour elle. Ou qui fait sens, mais brutalise son autonomie d'adulte. Ou qui lui convient tout à fait et, petit à petit, touche par touche, la rend dépendante de nous. A l'inverse, notre interlocuteur peut avoir un mouvement d'humeur et se braquer, entrer en résistance, en opposition, alors même que la solution proposée est parfaite pour lui... Occasion manquée ...

Par quoi remplacer ce réflexe correcteur ?

Je ne vous invite pas à ne plus donner de conseils ou d'avis, ni à être indifférent sur ce qui dysfonctionne … quand vous en êtes conscient. Parce que ce serait finalement une forme de « non-assistance-à-personne-en-danger ». Simplement il faut le faire avec beaucoup de tact et de diplomatie.

Comment vous y prendre ?

  • Laissez de la place à votre interlocuteur pour qu'il s'exprime,
  • Oubliez-vous et focalisez votre attention sur lui,
  • Essayez de saisir comment il se sent émotionnellement et intellectuellement,
  • Reformulez et posez des questions ouvertes qui vous permettent de vérifier votre compréhension,
  • Encouragez-le à clarifier et à approfondir,
  • Montrez-vous empathique.

En réussissant cette écoute et cette compréhension, vous installez un climat de confiance et d'ouverture qui vous permettra de poursuivre. Vous pouvez résumer ce que vous avez compris, et vous aventurer à demander la permission d'aller plus loin, en amenant votre analyse ou vos suggestions. Cela peut prendre la forme d'une phrase telle que :

« A partir de ce que tu m'as expliqué, je comprends que … J'aimerais t'apporter ma vision des choses (ou mon expérience de ce type de situation), si ça peut t'intéresser qu'on échange là-dessus. »

Attendez l'accord réel de votre interlocuteur, puis rebondissez et apportez votre analyse, avec prudence et délicatesse. Vous pouvez tout à fait demander encore une fois la permission de progresser dans la discussion, par exemple :

« Si tu as envie, nous pourrions réfléchir à deux sur cette histoire qui te tracasse. Ça ferait peut-être jaillir d'autres solutions. Qu'est-ce que tu en penses ? Qu'est-ce que tu aurais envie de tenter ? »

Une excellente manière d'amener des suggestions et d'utiliser le « Et si ... , alors que crois-tu qu'il se passerait ?» De votre côté, soyez très modeste. Soulignez positivement les manières de penser ou d'analyser de votre interlocuteur valorisez-le. Et surtout, ne tirez pas la couverture à vous. Montrez-vous suprêmement … élégant !

Finalement, le besoin de redresser et de corriger est votre problème. C'est à vous de gérer vos peurs, vos soucis et toutes ces émotions ou pensées qui vous encombrent.

Votre interlocuteur lui, se mettra en route et trouvera sa solution quand il sera prêt. Et s'il a besoin de vous en chemin, il saura vous le faire comprendre.

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