Délégation

Délégation Poker : choisir son mode de délégation

8/04/2021

Déléguer des missions à un collaborateur est une pratique habituelle en entreprise. Cependant, elle n’est pas toujours vécue de façon positive : il arrive que le délégant ne soit pas rassuré. Et que le délégataire ne voit que le côté “charge de travail supplémentaire”. Heureusement, il existe un outil efficace pour réussir ses délégations : le Délégation Poker !

Et s’il existait plusieurs façons de déléguer ?

Une délégation personnalisée selon le contexte

Déléguer, c’est transférer son pouvoir ou ses responsabilités à une personne. Un individu plus expert dans son domaine se verra potentiellement déléguer plus rapidement une mission qu’un junior. Les relations humaines entre le délégant et le délégataire joueront un rôle important dans la réussite ou non de la délégation. En synthèse, la délégation varie selon les situations et c’est tout le concept du Delegation Poker, proposé par Jurgen Appelo.

Composé de 7 cartes, le Delegation Poker a pour but de faciliter les prises de décision et la communication entre manager (le délégant) et managé (le délégataire). En fonction de la carte sélectionnée, les deux parties savent qui est détenteur du pouvoir, de la mission et de la décision finale.

Distinguons la délégation de pouvoir, de la délégation de responsabilité. La première indique qu’une autorité (à savoir le délégant) se dessaisit de ses pouvoirs pour les transférer à une tierce personne (le délégataire). Le délégant reste ainsi responsable des actions tenues par le délégataire. La deuxième implique également un transfert dans la réalisation et le choix des missions au délégataire, à la seule différence que celui-ci devient responsable de ses actes.

7 modes de relations dans l’organisation

1. Annoncer


Le manager a une vision précise sur la façon de réaliser une mission pour atteindre un objectif et se charge de retransmettre à son collaborateur des instructions précises.

2. Vendre


Le manager sait quelles missions sont à réaliser pour atteindre l’objectif. Cependant, au lieu d’informer de sa décision sans fournir d’explications, il prend le temps d’expliquer à son collaborateur les raisons de son choix. 


3.  Consulter


Le manager interroge son collaborateur afin qu’il s’exprime sur le sujet mais l’avis du managé ne fera pas nécessairement pencher la balance puisque c’est le manager qui décidera.

4. Accord


Le manager et le collaborateur s’écoutent, échangent et définissent collectivement la meilleure décision à suivre pour la réalisation de leur objectif. Ils sont ainsi sur un pied d’égalité.

5. Conseiller


Le manager conseille mais c’est finalement le collaborateur qui décide. Le rapport de force est renversé : c’est la première carte où la décision finale est entre les mains du collaborateur.

6. S’informer


Le manager s’informe de la décision du collaborateur et des motivations de celui-ci, mais ne partage aucunement son point de vue et laisse son managé faire ses choix.

7. Déléguer

La délégation est complète. Le manager n’a aucune influence et ne va pas chercher à connaître le choix et les motivations de son managé.

Quand appliquer le Delegation Poker ?

Pour les collaborateurs

Suivant l’expertise demandée et les compétences acquises, chaque collaborateur aura un niveau de décision différent d’une mission à l’autre. L’outil de Delegation Poker lui permet en ce sens de réfléchir à ses missions, son degré de responsabilité et son pouvoir de décision. Les résultats obtenus l’amènent à identifier des améliorations pour augmenter d’un niveau, et tendre vers la carte 7.

Pour les managers

En fonction de ses besoins, des informations dont ils disposent et du contexte, le manager optera pour une carte plutôt qu’une autre. Lorsque toutes les cartes auront été attribuées pour chaque mission, il s’agira de se demander pour quelle(s) raison(s) ne pas attribuer la carte supérieure. En s’interrogeant ainsi, le manager pourra éventuellement revoir son point de vue et changer de carte si besoin.

3 avantages à utiliser le Delegation Poker

Aider les managers à réfléchir sur leur management

En utilisant ce jeu de cartes ou en se demandant quelle mission s’applique à quelle carte, le manager s’oblige à réfléchir sur le mode de management appliqué : Explique-t-il à son collaborateur pourquoi effectuer une mission ? Demande-t-il l’opinion de ce dernier ? Préfère-t-il le conseiller ou simplement l’informer ? Lui délègue-t-il entièrement des missions ?

Clarifier les rôles de chacun et le décisionnaire de l’action

Qui décide de la façon de réaliser les missions ? Qui partage son point de vue ? Quel avis est pris en compte à la fin ? Ce sont des questions que chaque carte soulève, y compris celle « Accord ». D’ailleurs, si aucune des deux parties ne s’accordent à la suite de la discussion, il est préférable qu’une modalité de décision soit prise en amont.

Éviter les interprétations différentes

Il n’est pas rare d’observer des erreurs d’interprétations : un collaborateur considère que la carte « Conseiller » s'applique alors qu’il s’agit de la carte « Consulter » selon le manager. Or, en échangeant sur leurs opinions, la probabilité de constater des interprétations opposées sera moindre.

Quelle délégation suivant le style de management utiliser ?

Le parallèle entre management situationnel et Delegation Poker

En parallèle du Delegation Poker, nous pouvons évoquer le Management Situationnel, introduit par Hersey et Blanchard. Ils ont identifié 4 styles de management : direct, persuasif, participatif et délégatif. En observant leurs spécificités, on constate qu’on peut les lier avec les 7 cartes du Delegation Poker. La carte « Annoncer » serait associée au style directif, la carte « Vendre » au style persuasif, les cartes « Consulter », « Accord » et « Conseiller » au style participatif et les cartes « S’informer » et « Déléguer » au style délégatif.

Le management directif

Le manager fournit des instructions détaillées à son managé, offrant à ce dernier une situation rassurante. Sachant ce qu’il a à faire, sa marche d’erreur est faible. Néanmoins, il peut à long terme être contrarié de devoir suivre des consignes, être limité dans sa prise d’initiatives et frustré de ne pas monter en compétences. Pour le manager, cette situation est confortable car elle lui demande peu de temps.

Le management persuasif

Le manager explique à son managé pourquoi il faut réaliser telle mission d’une certaine façon. En comprenant pourquoi agir de la sorte, le collaborateur sera plus à même de s’impliquer et donc par extension, plus productif. Avec le management persuasif, le manager consacre plus de temps à son collaborateur puisqu’il « vend » ses instructions de missions.

Le management participatif

Plusieurs options sont possibles : soit le manager est responsable de la décision, soit les deux acteurs partagent la décision finale ou bien le manager partage son opinion mais laisse son managé maître de la décision. Par cette démarche, le manager stimule l’esprit critique de son collaborateur, qui se sent écouté. A noter toutefois que ce style demande une implication forte de la part du manager.

Le management délégatif

Le manager s’implique peu ou pas et laisse finalement son managé assez libre. Cependant une relation de confiance doit au préalable avoir été établie. Si l’expertise de son managé est cruciale pour un manager, la confiance qu’il a envers lui l’est tout autant pour le laisser libre de ses actions et le faire éventuellement évoluer vers un poste de manager.

Qu’il s’agisse du Management Situationnel ou du Delegation Poker, l’objectif reste le même pour le manager : trouver le style approprié à la situation. En fonction du degré de compétence et de motivation de son managé, le manager dispose de tout un panel d’options. S’il parvient à faire adhérer pleinement le managé au style de management qu’il a choisi, la réalisation de la tâche ne sera ensuite - dans la majorité des cas - plus qu’une formalité.

Tags:DélégationDélégation PokerStyles de managementManagement situationnel

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